Quatre ans après Bouddhisme, la loi du silence ce dernier continue
Il y a quatre ans, presque jour pour jour, ARTE diffusait “Bouddhisme, la loi du silence”
le documentaire d’Élodie Emery et Wandrille Lanos.
Un véritable ovni télévisuel, qui a pourtant failli ne jamais être diffusé.
Je le sais de première main : Élodie Emery, que je connais bien, m’a raconté les pressions inadmissibles exercées par le « simple moine » Matthieu Ricard sur les journalistes, ainsi que sa tentative d’obtenir la déprogrammation du documentaire. Son avocate avait également exigé le retrait des deux heures d’entretien qu’il leur avait accordées.
Encore aujourd’hui la version de Mathieu Ricard est pleine trou, tiraillé qu’il est entre les intérêts de sa maison d’édition, sa dévotion absente de tout esprit critique quand il s’agit de Bouddhisme et le soin de son image publique qui est en elle même un produit marketing imparable.
Malgré ces pressions, le documentaire a été diffusé.
Et depuis ?
Depuis, rien — ou presque rien — n’a changé à l’échelle des institutions bouddhistes.
Les victimes d’autres « centres » qui ont osé parler publiquement se sont retrouvées ostracisées, accusées de nuire à la propagation du Dharma, parfois menacées du « Vajra Hell » et rendues responsables du risque de détourner du bouddhisme les êtres qu’il faudrait encore convertir — autrement dit, vous, les non-bouddhistes.
Quant aux autorités spirituelles, elles ont surtout répondu en privé : quelques lettres de dignitaires ou de « maîtres spirituels », jusqu’au dalaï-lama lui-même en 2023 ainsi que la lettre du Maître de Ricard qu’il a fallu coaché pendant des semaines pour arriver à accoucher d’une souris.
Rien qui ressemble à une réponse publique, collective et contraignante à la hauteur de ce qui a été révélé.
Le sujet peut donc être considéré comme clos.
Tout ce qui était connu depuis les années 1960 et 1970, puis soigneusement glissé sous le tapis, continue d’être traité comme un problème d’image plutôt que comme un problème de protection des victimes.
Pire, des “Maîtres” continuent de vendre le Vajrayana comme une panacée universelle dont il ne faut pas changer une syllabe, on est bien dans une forme de fondamentalisme religieux drapé derrière un nuage d’encens.
Des hordes de « bouddhistes », si placides et si profondément bienveillants lorsqu’il s’agit de défendre leurs bouddhismes, continuent de se prosterner devant des figures dont les violences ont pourtant été abondamment documentées.
Chögyam Trungpa et Sogyal Lakar sont morts sans avoir eu à répondre de ces faits devant la justice. Robert Spatz, alias Lama Kunzang, a quant à lui été définitivement condamné en Belgique — sans que cela empêche certains de continuer à préserver son héritage spirituel et sans que ce dernier soit même contraint d’arrêter les abus sexuels qu’il commet dans le secret de sa villa en Espagne.
D’autres ont discrètement effacé de leur biographie leurs liens avec la secte OKC afin de redevenir présentables et de pouvoir continuer à vendre du Bouddhisme ou des dérivés.
Business as usual.
Rien de très étonnant, finalement. Ce n’est pas une anomalie : c’est le cours normal d’un système qui protège mieux son image que les personnes qu’il a abusé.
Pendant que certains découvrent avec stupeur que « le bouddhisme aussi » peut produire des systèmes d’emprise et de violence, les autres font profil bas en répétant :
« Mon maître, lui, est bien. Il n’a commis aucun abus. »
Comme si c’était une médaille.
Le problème n’a jamais été de déterminer si tous les maîtres bouddhistes sont des agresseurs. Le problème est de comprendre comment la dévotion absolue, le secret, l’isolement, l’absence de contrôle extérieur et la sacralisation du maître permettent aux abus de se produire — puis de durer.
Pendant ce temps, des enfants continuent de subir des violences, notamment sexuelles, dans des institutions monastiques en Asie. Du Népal au Bhoutan, de l’Inde au Tibet, l’autorité religieuse, l’isolement et l’absence de regard extérieur peuvent rendre les abus possibles et leur dénonciation presque impossible.
Mais l’image des « petits moines » est tellement romantique.
Le public occidental a été si profondément conditionné à considérer le bouddhisme comme une simple « philosophie de vie », nécessairement pacifique et bienveillante, que toute critique paraît sacrilège. Il ne reste alors plus beaucoup de place pour la réflexion, l’esprit critique et le simple bon sens.
Quatre ans plus tard, Bouddhisme, la loi du silence n’a pas vieilli.
Ce n’est pas un compliment.
C’est la preuve que la loi du silence n’était pas seulement son titre. C’était son sujet — et elle continue.
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