Non, Éteindre les réseaux ne fera pas taire la rue
Résumé : En Iran, au Soudan ou au Bélarus, couper les communications est un instrument de répression. En France, le gouvernement a préparé ce geste. Ce n’est pas un détail technique : c’est un signal démocratique alarmant.
Il y a des réflexes qui devraient inquiéter toutes les démocraties. Quand la rue se soulève, que les jeunes réclament un avenir et que le pouvoir envisage de couper leurs moyens de communication, il ne répond plus seulement à une crise de l’ordre public. Il révèle surtout son incapacité à répondre à une crise politique qu’il a lui même provoqué.
Nous avons déjà vu cette méthode à l’œuvre. En Égypte, en 2011, sous Hosni Moubarak. Au Soudan, en 2019. Au Bélarus, en 2020, après l’élection contestée d’Alexandre Loukachenko. En Birmanie, en 2021, après le coup d’État militaire. En Iran, en 2022, pendant le soulèvement « Femme, vie, liberté », puis de nouveau en janvier 2026.
Les régimes ne sont pas identiques et leurs degrés de violence non plus. Mais la logique de ces coupures est connue : désorganiser, isoler, empêcher les images de circuler, rendre la répression moins visible. On ne cherche pas seulement à contrôler la rue. On cherche à contrôler ce que le pays et le monde peuvent en voir.
Et voilà que cette méthode entre, très concrètement, dans les plans du gouvernement français sous le Roi Soleil Emmanuel Macron et sa clique de valet.
Le bouton « couper » à Matignon
Selon l’enquête publiée par Blast le 25 octobre, Sébastien Lecornu a écrit le 22 octobre à Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom pour leur demander de se préparer à bloquer TikTok, Instagram et Snapchat pendant les mobilisations des 24 et 25 octobre. X aurait ensuite été ajouté à la liste. Un filtrage DNS, notamment sur les réseaux mobiles, était envisagé.
Filtrage DNS que la Gen Z va contourner en 10 minutes et qui en dit long sur cette génération au pouvoir qui pense contrôler une télévision ou un fax.
Le blocage n’a finalement pas été activé. Les opérateurs ont soulevé de sérieux obstacles techniques et juridiques. Mais l’essentiel demeure : cette option n’était plus seulement une sortie médiatique. Elle faisait l’objet de préparatifs. La France est à la dérive.
On connaît pourtant le précédent. En 2024, le gouvernement Attal avait bloqué TikTok en Nouvelle-Calédonie. Le Conseil d’État a jugé cette coupure illégale en avril 2025, en raison de son caractère disproportionné. Qu’une nouvelle suspension ait été envisagée à l’échelle de la France doit alerter.
Non, la France n’est pas l’Iran ou la Birmanie. Elle reste une Démocratie, malade, avec des contre-pouvoirs, une justice dysfonctionnelle, une presse libre pour l’instant mais dangereusement dans les mains d’un monopole de milliardaires et des élections. C’est précisément pour cette raison que l’emprunt de méthodes de contrôle de l’information utilisées par des régimes autoritaires est si grave. La comparaison porte sur le réflexe du pouvoir, pas sur une identité entre les régimes.
Comment faire disparaître les revendications derrière les vitrines brisées
Depuis plus d’un mois, la jeunesse française se mobilise contre le manque de moyens dans les écoles, les enseignants absents, la dégradation des conditions d’étude et l’angoisse d’un avenir inaccessible. Cette colère a rejoint celle qui porte sur les salaires, le logement et le coût de la vie. Le 24 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes étaient encore dans la rue.
Pourtant, la place occupée dans le débat public par les pillages, les incendies et les affrontements est devenue écrasante. Ces violences ont eu lieu. Elles ont fait des victimes et causé des dégâts réels ; les minimiser serait absurde. Mais elles ne résument ni le mouvement ni ses revendications.
Quand des milliers de jeunes réclament une école qui fonctionne et que la conversation politique ne parle bientôt plus que de « casseurs », quelque chose d’essentiel s’est déplacé : on ne débat plus de ce qui a fait descendre les jeunes dans la rue, mais de la manière de les en faire sortir.
Cette inversion s’accompagne d’une répression préoccupante. L’AFP documentait déjà début octobre plusieurs milliers d’interpellations, des centaines d’élèves blessés selon les chiffres communiqués et des blessures graves, ainsi que l’ouverture d’enquêtes de l’IGPN. La violence contre des policiers ou des commerçants ne peut justifier une réponse indiscriminée contre une mobilisation entière.
Images troublantes, soupçons graves et faits à établir
Des vidéos montrant des hommes en civil au milieu des manifestations, puis rejoignant les forces de police, nourrissent de très graves interrogations. Une enquête de franceinfo distingue plusieurs scènes : à Metz, le parquet confirme que des hommes masqués ayant lancé une grenade étaient des policiers en civil ; à Paris, une vidéo virale montre deux hommes incendiant une poubelle, mais leur qualité de policiers n’est pas établie. À Reims, un agent de la BAC a été filmé lançant un projectile, présenté par les autorités comme une grenade lacrymogène. À Aubervilliers, le journaliste Rémy Buisine a filmé un agent en civil frappant à plusieurs reprises la vitrine d’un fast-food où s’étaient réfugiés des lycéens, une scène examinée par CheckNews.
Mais il faut être rigoureux : la présence de policiers en civil, même dans des scènes choquantes, ne prouve pas à elle seule qu’ils ont organisé des incendies ou des pillages pour les attribuer aux manifestants. Les vidéos circulant sur les réseaux méritent des enquêtes indépendantes, pas des conclusions fabriquées à l’avance. D’autres images liées à ces mobilisations ont d’ailleurs été diffusées hors de leur contexte.
La nécessité d’établir les faits ne doit pas servir à enterrer les questions. Qui a commis quoi ? Dans quelles circonstances ? Sous quels ordres ? Ces questions concernent aussi les forces de l’ordre. Dans une démocratie, la police n’est pas au-dessus du contrôle public.
Malheureusement, il n’y a plus de contre pouvoir effectif en France. Il n’y a qu’une Cour Du Roi qui décide qui est légitime et qui ne l’est pas et ce jusque dans l’assemblée nationale.
Une autre révélation est, elle, précisément attribuable. Le 19 octobre, Mediapart rapportait le témoignage d’un commissaire du renseignement territorial affirmant que des consignes visaient à faire porter à La France insoumise la responsabilité du mouvement, en contradiction, selon lui, avec l’analyse des agents. Le ministère de l’Intérieur dément avoir donné ces consignes. La procureure de Paris avait, de son côté, indiqué ne pas pouvoir confirmer l’attribution des violences à l’ultragauche.
Cette affaire demande des explications et, si les allégations sont fondées, des comptes. Politiser le renseignement pour fabriquer un bouc émissaire serait une atteinte majeure à l’État de droit. On ne protège pas la démocratie en falsifiant le diagnostic d’une colère sociale.
Une génération à qui l’on demande de se taire
J’ai 46 ans. Ma génération a aussi connu la précarité, les reculs sociaux, les promesses non tenues. La trahison des démocraties malades. Mais beaucoup d’entre nous ont encore pu trouver un travail, un logement, un minimum de stabilité. Les jeunes d’aujourd’hui héritent d’un monde où même ces bases deviennent incertaines, tandis que la crise climatique, les guerres et la hausse du coût de la vie réduisent encore leur horizon.
On leur demande d’étudier dans des établissements sous-financés, de travailler dans une économie qui les fragilise, de payer des loyers qui les étranglent et de croire que le système finira par les récompenser. Et lorsqu’ils refusent cette fatalité, on discute de couvre-feux, de grenades, d’interdictions de manifester et de coupures de réseaux sociaux.
Ce n’est pas un simple problème de maintien de l’ordre. C’est une crise de représentation. Et elle se déroule au moment où le macronisme arrive en fin de règne, tandis que l’extrême droite espère recueillir les fruits du désespoir et de la peur.
Une démocratie malade ne devient pas automatiquement une dictature. Mais elle peut s’abîmer en empruntant ses réflexes : réprimer, désigner un ennemi intérieur, restreindre la parole, puis présenter toute contestation comme une menace.
Couper TikTok, Snapchat, Instagram ou X n’effacera ni les classes sans professeurs, ni les loyers impossibles, ni le sentiment d’abandon. Cela ne fera que confirmer aux jeunes que leurs gouvernants préfèrent contrôler la circulation de leur colère plutôt que d’en entendre les raisons.
On peut couper les réseaux. On ne coupe pas les causes d’une révolte.
AI: Text Editorial · Chatgpt
l'utilisation de ChatGPT pour construire les liens vers les sources dans l'argument du texte principal.
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