✎ Note

L’accord Rossel–IPM pose les fondations d’un affaiblissement durable de la presse locale et régionale en Belgique.

Ce scénario n’a rien de nouveau. Aux États-Unis, la disparition massive des journaux locaux a précédé l’apparition de véritables déserts informationnels, laissant des territoires entiers sans contre-pouvoir journalistique, sans enquête de proximité et sans surveillance réelle des pouvoirs politiques et économiques. Le résultat est connu : la viralité de la désinformation via les réseaux sociaux, davantage de désinformation, moins de participation démocratique et des institutions locales plus facilement capturées.

La France suit une trajectoire comparable : concentration croissante des médias, recul du pluralisme, marginalisation des rédactions indépendantes et uniformisation progressive du débat public. Quelques grands propriétaires décident de plus en plus de ce qui mérite d’être visible, discuté ou ignoré. Cette concentration ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la montée de l’extrême droite, mais elle contribue à créer un espace médiatique où ses thèmes, ses obsessions et son vocabulaire finissent par devenir omniprésents.

Pendant ce temps, une caste politique et économique toujours plus étroite conserve l’accès aux plateaux, aux éditoriaux et aux leviers de décision, tandis que le reste de la société devient progressivement invisible.

Couplée à une répression systématique des mouvements sociaux et une criminalisation constante de toute forme de manifestations, désobéissance civiles, c’est la porte ouverte à une dégénérescence démocratique sans retour.

La Belgique, une fois encore, semble choisir de reproduire les mauvaises idées déjà testées ailleurs : sacrifier la diversité éditoriale, l’indépendance des rédactions et l’information de proximité au nom de la sacro-sainte rentabilité.

Mais la presse n’est pas une industrie comme une autre. Son utilité ne se mesure pas uniquement à ses marges, à ses abonnements ou à ses économies d’échelle. Une démocratie saine a besoin de rédactions nombreuses, indépendantes, concurrentes et suffisamment financées pour enquêter, déranger et rendre visibles des réalités que les grands centres de pouvoir préféreraient souvent maintenir dans l’ombre.

Quand toute la presse quotidienne francophone finit par dépendre du même groupe, le problème n’est pas seulement économique.

C’est une menace directe contre le pluralisme démocratique.

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