✎ Note

De 2010 à 2013, j’ai été assez actif dans plusieurs mouvements citoyens qui ont vu le jour à cette époque, notamment celui des « Indignés ».

Et quand je vois aujourd’hui le traitement médiatique réservé à Mars Attacks — son « front mou », son « manque d’interlocuteur clair », son supposé « noyautage » — ça me rappelle pas mal de souvenirs.

Des souvenirs d’un appareil politique belge totalement incapable d’incarner une démocratie réelle et qui, lorsqu’il se heurte à une mobilisation citoyenne qu’il ne contrôle pas, reproduit toujours les mêmes réflexes. Avec, en soutien, un appareil médiatique largement intoxiqué par l’entre-soi politique.

La réaction consiste alors à attendre que la tempête passe, à décrédibiliser le mouvement, à minimiser ce qu’il représente, à chercher qui se « cache derrière » plutôt qu’à écouter ce qu’il dit.

Et pendant ce temps, on continue à pénaliser l’ensemble de la société avec des mesures profondément désastreuses. Du très classique en Belgique : tailler dans la population, les précaires, les services publics et une classe moyenne déjà sur les genoux, tout en préservant « les marchés » et les 5 ou 10 % les plus riches, qui concentrent une part immense du patrimoine du pays.

Puis le service public sort ce genre d’article :

On y retrouve précisément les insinuations venues du monde politique : qui se cache derrière ? qui manipule qui ? Et le fait que certains profs soient également membres de partis politiques devient soudain suspect.

Mais on est en démocratie, non ?

Depuis quand le fait d’avoir une appartenance politique disqualifie-t-il quelqu’un de participer à un mouvement social ? Et surtout, en quoi cela permet-il de discréditer les revendications d’un mouvement né dans les écoles du pays, qui a justement tout le mérite d’exister par lui-même et pour lui-même, dans l’intérêt des profs comme des élèves ?

Pendant ce temps, le monde politique crache sur les citoyennes et citoyens qu’il est censé représenter, puis s’interroge gravement sur la « radicalisation de la société ».

Comme si cette radicalisation était apparue spontanément.

Comme si la dégradation du débat public, la perte de confiance, le sentiment d’impuissance démocratique et le mépris social n’avaient aucun rapport avec des décennies de fonctionnement politique.

À force de vider la démocratie de sa substance, il ne faut peut-être pas s’étonner que les citoyens finissent par chercher d’autres manières de se faire entendre.

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