✎ Note

Manger ou se chauffer : la découverte tardive d’une crise organisée

LCI qui semble découvrir, à grand renfort d’une étude « choc », que les Français doivent choisir entre manger correctement et se chauffer…

Comme si cette réalité n’était pas depuis des années le quotidien de millions de personnes.

Le nouveau Baromètre du pouvoir de vivre révèle qu’un Français sur deux éprouve des difficultés à vivre dignement. Mais qu’y a-t-il de si surprenant ?

Cela fait des décennies que les salaires progressent trop lentement, que les inégalités se creusent et que les gouvernements successifs multiplient les politiques fiscales favorables aux plus fortunés, tout en fragilisant les services publics et les protections sociales.

Il y a près de vingt ans, nous manifestions déjà contre tout cela. Nous dénoncions déjà la précarisation du travail, l’érosion du pouvoir d’achat, les cadeaux fiscaux aux plus riches et le démantèlement progressif de nos acquis sociaux.

Depuis, la situation s’est aggravée.

Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que cette crise échappe au contrôle des gouvernements : guerre en Ukraine, conflit en Iran, flambée des prix de l’énergie, inflation…

Bien sûr, ces événements ont des conséquences économiques réelles. Mais ils n’ont pas créé les inégalités structurelles qui rendent aujourd’hui des millions de personnes incapables d’y faire face.

C’est précisément là que réside l’immense hypocrisie du discours politique dominant : présenter comme une fatalité extérieure les conséquences de choix économiques et sociaux parfaitement assumés.

Car pendant que les plus riches bénéficient de politiques fiscales avantageuses, on s’attaque aux chômeurs, aux précaires, aux plus démunis. On réduit les protections sociales, on affaiblit les services publics et on demande toujours davantage de sacrifices à ceux qui n’ont déjà presque plus rien.

Et ensuite, on s’étonne de la colère populaire ? Des manifestations ? De la révolte ?

La véritable question n’est pas de savoir pourquoi les gens descendent dans la rue. C’est de comprendre comment ils ont pu supporter cette situation aussi longtemps.

La pauvreté n’est pas une catastrophe naturelle. Les inégalités ne sont pas une fatalité. Elles sont aussi le produit de décisions politiques.

Et ceux qui ont contribué à les fabriquer ne peuvent éternellement prétendre les découvrir.

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